Réinventons place des Fêtes

TYPE Aménagement d’espace public, AMO, MOE (maîtrise d’oeuvre)

DATE Janvier 2017 > Avril 2020

LIEU Paris, 19° arrondissement 

PARTENAIRES 169 architecture & Elioth Concept, DPEA Architecture Post Carbone de l’École d’architecture de la ville & des territoires Paris-Est, Blanche Abel, Briconova, Civic Wise et la Graffiterie, Le groupe de recherche Social Lights de la London School of Economics, La fédération des Arts de la Rue, La Conciergerie Solidaire, I+a laboratoire des structures, Thermibat, Apijbat, Le Bati, Clévia, Depuis 1920, Thermofluides, 

PARTENAIRES LOCAUX Le Conseil de Quartier, Les Amis de la place des Fêtes, Le Cafête,  le Centre d’Hébergement d’Urgence Jean Carré, Le Collectif Place des Fêtes, le DOC, les Jeunes en place, La Maison de la place des Fêtes, Les Mères en place, Tramar, Collège Guillaume Budé, Risk Control, Kobalt ingénierie, ATEVE, 

FINANCEUR & MOA Ville de Paris

MOA DELEGUEE  SPL Pariseine (pour le Capla) 

CONTEXTE

Dans le cadre de Réinventons nos places!, 169 architecture, Elioth Concept et Quatorze (mandataire) sont réunis au sein du collectif DiDO! (Data In, Doing Out). Travaillant simultanément sur place des Fêtes et place Gambetta, notre mission a pour but d’accompagner la Maîtrise d’Oeuvre constituée par les services techniques de la Ville de Paris pour définir le projet d’aménagement global des places en partant de leurs usages. De plus, notre mission consiste à développer une partie du projet en tant que Maîtres d’Oeuvre. En début de projet, nul ne savait sur quoi porterait cette partie construite. 

La place des Fêtes est une place de destination, familiale et animée. Le quartier montre un tissu associatif dense et actif. Entre mars et juin 2017 nous avons d’abord observé les usages existants sur la place et réalisé une grande frise chronologique pour mieux connaître le contexte de notre intervention. Nous avons retracé l’historique d’un projet engagé depuis 2014 suite au dernier aménagement de la place par l’équipe de Bernard Huet au milieu des années 90. A notre arrivée, certains points étaient actés, tels que le départ de la pyramide et le déplacement du marché. En 2014, le bureau d’étude en concertation Trait Clair menait un vote citoyen dans le quartier où une majorité des répondants se prononçaient en faveur de la démolition de la pyramide. En parallèle, nous avons observé les usages ayant lieu en coeur de place : déambulations selon des lignes de désir choisies dans ce grand espace, attachement au symbole, assises ciblées car rares, jeux… 

OBSERVER

Ces observations ont été formalisées dans un relevé habité au 1/50° de la place. Courant 2017, n’importe quel jour de marché montrait un espace saturé, presque impraticable. Les autres jours des véhicules se faufilent pour stationner sur la place. Protégée de l’effet rond point, elle reste habitée par des carcasses de métal garées selon leur gré. En parallèle de ces observations sur site les étudiants du DPEA Architecture Post-carbone de l’Ecole d’Architecture de la Ville et des Territoires de Marne-la-vallée ont procédé à des relevés d’indicateurs physiques du climat sur la place : effets éoliens et volutes de vents dues au tours avoisinantes, volumes moyens de décibels dans les différents espaces de la place et, au niveau des sols, taux d’ensoleillement direct, capacité réfléchissante ou encore capacité à stocker la chaleur… Il ressort que les vents dominants et les matériaux de la place convergent vers la création d’un îlot de chaleur urbain. En été, sol, minéralité et manque d’abri en font un “four”. Pour autant certaines zones sont appréciées pour leur part d’ombre, telles que les emmarchements situés au sud de la place. A l’inverse en hiver, la margelle ensoleillée qui borde la place au nord devient une place de choix pour son taux d’ensoleillement. 

Héritage du collectif Faites! qui a mené la première phase de Réinventons nos places! sur Fêtes, le container qui servait de base de vie du projet était déjà utilisé par différentes associations. Durant ce premier temps nous avons donc découverts les publics mobilisés autour de l’aménagement de la place : L’Accord’âge, Les Amis de la place des Fêtes, Le Cafête, Collectif Place des Fêtes, Le DOC, La Fabrik, Les Jeunes en Place, L’Espace Résilience, Les Psy du coeur, Les Robins des Ville, l’association Kick-Art, La Maison de la place des Fêtes, Les Mères en Place, Le Théâtre de Verre, Radio Potain, Tramar, Traverses… Nous avons assisté un comité de programmation qui se réunissait alors chaque mois pour faire le point sur les événements de chacun et la gestion commune du Capla. Au bout de quelques mois, le besoin d’un espace de stockage a été identifié et un container supplémentaire dédié à cette fonction a été ajouté sur la place.

ATELIERS DE COCONCEPTION

Entre février et juillet 2017 une vingtaine de permanences ont pris place les après-midi des mercredi et samedi au Capla. A cette occasion les médiateurs de l’équipe ouvraient le Capla et notaient une forte présence d’enfants entre 8 et 14 ans pour qui la place est leur cour d’immeuble. Jeux de ballons endiablés, tours de vélos audacieux étaient ponctués d’ateliers de dessin et discussions sur le devenir de la place. L’attachement à la pyramide était palpable auprès de ce public n’ayant pas participé au vote de 2014. Repère du coeur de place, elle ressortait dans leur récits comme la Tour Eiffel du quartier.

Durant cette période, nous avons réalisé trois ateliers publics de programmation des espaces de la place afin de faire le point sur les premiers schémas fournis dans l’étude préalable de l’Atelier Parisien d’Urbanisme (APUR). Menés directement sur la place les jours de grand beau ou durant la fête de quartier ces rencontres ont permis de toucher plus de 400 personnes fréquentant la place. Grâce à un jeu de plateau composé d’un fond de plan et de jetons toute personne présente sur site était invitée à discuter de ses envies pour le devenir de la place. Plusieurs thèmes étaient débattus en équipe pour aller vers des scénarios : mobilités, végétalisation, micro équipements (mobilier), vie de quartier (animations) et petites centralités. En plaçant les jetons, les usagers discutaient de leurs pratiques de l’espace. S’assoir ici plutôt que là, slalomer et buter sur des marches d’escalier, avoir besoin de livraison ou d’accès durant un déménagement… Notre équipe captait les savoirs d’usages en notant les points clefs du débat sous forme de verbatims. Durant certaines séances des images de références ont été présentées et amendées par les publics de la place, le tout était accompagné de temps d’information sur le devenir de l’anneau (les rues délimitant l’îlot de place des Fêtes), la future sortie de secours du métro 11, le déplacement du marché, etc. Lors du troisième atelier une marche exploratoire a permis de monter sur les massifs plantés abritant les entrées et sorties du parking souterrain. En expérimentant cette proposition par leur corps les participants ont montré leur adhésion à la proposition de rendre accessible ces terrasses ensoleillées. 

Enfin, sur une suggestion des services techniques de la Ville, courant septembre 2017 nous avons mené un atelier accessibilité dédié aux usagers avec des handicaps de mobilité ou de perception visuelle. Sans voir, comment s’orienter dans cette drôle de place ? Des maquettes tactiles ont permis à un groupe de représentants associatifs et usagers, de placer un fil d’ariane et de réfléchir à l’emplacement des signalétiques sonores sur les croisements des voies principales et au niveau de certains abribus.

SYNTHETISER & TRANSMETTRE 

Après ces étapes nous avions accumulé beaucoup de données sur la place des Fêtes. Pour les restituer aux services techniques nous avons produits différents documents dont une vue axonométrique annotée de synthèse des propositions habitantes. Il en ressort que la place appelle différentes ambiances requalifiant ses limites et valorisant son centre. Au nord un espace baigné de lumière où admirer l’ensemble de l’espace. Au sud, une opportunité de pleine terre sous les trois marches qui relient le centre de la place au mail planté. Ce lieu ombragé deviendra un espace paysager, où la terre rescapée des parkings souterrains est révélée. Il prendra de l’ampleur en s’attachant au mail planté de tilleuls. Sur ce cheminement, renforcer la présence végétale. La placette Thuliez, plus petite, était assimilée à une place de village. Avec ses arbres, cet espace semble propice à l’installation de terrasses et disponible pour accueillir le manège qui était alors placé entre la sortie du métro et le centre de la place. Face à la chaleur vécue en été des brumisateurs ont été proposés sur l’emplacement initial du manège. De plus, la notion d’abri était centrale. De nouvelles assises sous l’ombrière et “quelque chose” pour le grand portique linéaire hérités du projet de Bernard Huet en 1992 étaient demandés. Certains riverains rapportaient par ailleurs un problème de mise en lumière de l’ombrière car le sport orienté vers le haut éclairaient certains logements de la tour avoisinante. Ces deux éléments apparaissent mal aimés dans la mesure où ils outillent peu les usages : trop hauts, ils ne permettent pas réellement de se sentir abrités. La place de la voiture était clairement cantonnée à l’anneau. Interrogés sur le devenir du Capla, les participants ont convergé sur l’appréciation des événements menés par les associations de quartier et le besoin d’un petit équipement qui s’ouvrira sur la place. Dans le même temps, les associations indiquaient qu’un espace de stockage du matériel au plus proche leur permettrait de faciliter la tenue des animations. Equipé de comptoirs mobiles, ce “pop-up” devra pallier au besoin d’abri en été comme en hiver et proposer l’accès à de petits services, notamment information sur le quartier et animations sur la place tout en étant un repère ludique et coloré. Enfin, le sujet de la signalétique pour permettre de s’orienter et créer une identité a aussi été mentionné. 

CHANTIERS OUVERTS & PREFIGURATIONS 

Appuyé de verbatims et largement documentée cette synthèse a été discutée avec les services techniques et les représentants politiques des mairies centrale et d’arrondissement. Chacun y apportait son propre regard et exposait ses souhaits et contraintes afin de définir progressivement le projet d’aménagement ensemble. Démarche et feuille de route ont commencé à être présentées régulièrement en réunions publiques devant des salles combles. Lors de la seconde réunion publique, nous avons annoncé la tenue d’un chantier ouvert à tous et toutes pour préfigurer l’aménagement à venir. En juillet 2017, pendant une semaine, l’ensemble de l’équipe de Quatorze était mobilisée pour accueillir habitants et bénévoles à faire la ville ensemble. Pour cela, avec le renfort de la DVD et de la DEVE nous nous sommes associés à Blanche Abel, Briconova, Civic Wise et la Graffiterie. Au programme : déplacement du container de stockage pour installer une voile apportant de l’ombre ; installation de brumisateurs temporaires sous l’ombrière d’Huet pour tester le dispositif auprès des usagers ; réalisation de mobilier semi-fixe pour essayer des configurations sur la place ; construction de tables et chaises pour le Capla ;  construction d’étagères dans le container de stockage ; installation de jardinières et blocs de granit pour sanctuariser la moitié nord de la place ; réalisation de panneaux de signalétique pour les entrées de la place et marquage au sol régulier sur le parvis pour voir à échelle un les grandes dimensions pressenties dans l’aménagement. Grâce aux services de la ville et aux 84 participants ayant donné une à plusieurs demi-journées, la semaine fut dense ! Pour donner du carburant aux participants, les barbecues des Jeunes en place et mets délicieux fournis par les Mères en place ont été très appréciés ! Enfin, pour porter haut le nom du lieu, l’ensemble s’est clôturé par un temps de débat discussion et une fête de fin de chantier.

Après cette première étape de transformation, à nouveau il s’agissait d’observer les usages pour renforcer ou retirer certaines interventions. Durant la Journée des Portes Ouvertes organisée par l’Ordre des Architectes d’Ile-de-France, la signalétique a été renforcée en réalisant de nouveaux panneaux directionnels dans le prolongement de la charte graphique de l’été.  

Ayant été contacté par une équipe de designers et sociologues qui organisaient un workshop annuel nommé “Configuring Lights, staging the social”, nous nous sommes placés en facilitateurs. Face aux premières propositions des services technique il apparaissait que ce volet de l’aménagement devait lui aussi être conçu à partir des perceptions et usages nocturnes. Notre mise en lien a permis à l’équipe de la London School of Economics de faire de premières observations et une enquête préalable auprès d’usagers durant le chantier ouvert de juillet. Puis, fin octobre 2017, un workshop a permis à de jeunes professionnels designers lumière d’intervenir à échelle 1 : il s’agissait de tester des possibles grâce au matériel prêté par l’enseigne iGuzzini et au soutien logistique de la Ville de Paris. Saisissant l’occasion, nous avons questionné les participants sur des points qui paraissaient particulièrement problématiques en termes d’ambiance, de contrastes ou de zones d’ombres. 

Heureux hasard du calendrier, le même jour se tenait l’édition 2017 de “Rue libre!” pour la journée internationale des arts de la rue et de l’expression libre dans l’espace public. Facilitateurs nous avons encouragé la tenue de cet événement annuel coordonné par la Fédération des arts de la rue. Les artistes ont investi l’ensemble de l’espace en s’en servant comme un support scénographique “actif”. Si la fontaine Marta Pan était déjà identifiée comme espace à palabre lorsqu’elle n’est pas en eau, ce jour là elle est clairement devenue le théâtre d’une assemblée citoyenne. Présents et présentant le projet d’aménagement au public, comme beaucoup d’habitants ce jour là, nous avons été émerveillés de voir de grandes marionnettes sur la place. Elles, contrairement aux humains, semblaient être à la “bonne échelle” par rapport aux hauteurs construites.

CONFIRMER LE PROJET D’AMENAGEMENT ET LE CABANON

A l’issue des temps de co-conception et co-construction, pour requalifier le coeur de place, le parti d’aménagement repose sur trois grands principes : valoriser la centralité, favoriser les appropriations positives, gérer les espaces d’interface avec le quartier (accessibilité, visibilité). Pour cela plusieurs lieux ont été requalifiés. D’abord assumer le parvis comme une vaste scène multi-usages à structurer autour de la table existante et du futur Capla. Par cette disposition, former deux espaces majeurs : un playground au Nord, modulable et ouverts à des usages quotidiens et évènementiels ainsi qu’une arrière scène en interface avec le mail planté Sud pour des usages quotidiens. Ensuite composer les terrasses nord en belvédère et solarium urbain, et les terrasses sud en salon urbain frais et végétalisé pour le confort estival. Aux abords de la fontaine, proposer un espace ludique autour de l’eau, où des mâts de brumisation font écho au rythme des poteaux de l’ombrière. Agrandie grâce à l’absorption d’un “tourne-à-gauche”, faire de la placette Thuliez une interface avec le quartier en recomposant sa trame végétale et en installant le manège. Enfin, activer le portique d’Huet pour l’accueil de cimaises pour des expositions temporaires à l’image de l’exposition proposée par Quatorze lors de la Fête de quartier à l’été 2018. 

Après le dépôt du permis d’aménager global de la place des Fêtes, coordonné par la Direction de la Voirie et des Déplacements et le Service d’Aménagement des Grands Projets, notre équipe s’est concentrée sur une composante essentielle de la future place. Alors que le projet d’aménagement général a été consolidé fin en 2018 et les études pour le Cabanon de la Place, aussi nommé Capla, se sont lancées. Ce petit équipement permettra de prolonger les usages générés par les containers “base de vie” et stockage, disposés en coeur de place pour accompagner le processus de projet. Forts de cette préfiguration de moyen terme, nous avons proposé trois ateliers publics sur la co-conception du Capla. Avec une vingtaine de représentants d’associations et collectifs d’habitants par session nous avons abordé un thème par atelier.

La place des Fêtes vue d'une tour avoisinante ©Quatorze, 2017
Plage des Fêtes 2017 organisé par Le Cafete
Atelier de co-conception Place des Fêtes ©Quatorze, 2017
Passés, présents et futurs de la place des Fêtes ©Quatorze, 2017
Synthèse des ateliers de co-conception à l'échelle de l'ensemble de la place ©Quatorze, juin-juillet 2017
Rue Libre, événement de la Fédération des Arts de la Rue, une célébration de l'espace public comme lieu d'expression ©Quatorze, 2017
Préfigurations durant le workshop internation Configuring Light, octobre 2017 ©Gwell
Troisième atelier de co-conception du futur Capla : quelle programmation socioculturelle ? ©Quatorze, 2018
Vue à vol d'oiseau de la place avec insertion du Capla. Un projet, trois itérations ©Quatorze - Amano Grafica, 2019
Vue perspective du futur Capla ©Ville de Paris, Parimage, 2019
Plans phase DCE du rez-de-place et de la mezzanine ©Quatorze, mai 2019
Scénarios de modélisation économique et gouvernance du futur Capla, mission innovation sociale ©Quatorze & La Conciergerie Solidaire, 2019
Le Capla pérenne sort de terre ©Quatorze, janvier 2020

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