Réinventons Gambetta

TYPE Aménagement d’espace public, AMO (Assistance à Maîtrise d’Ouvrage), MOE (maîtrise d’oeuvre)

DATE 2017 > 2019

LIEU Paris 20° arrondissement

PARTENAIRES 169 architectures, Elioth concept 

FINANCEURS Ville de Paris

CONTEXTE

Au début de notre mission nous faisions face à un constat : la place Gambetta est un noeud multimodal clef dans la desserte de l’est parisien et grand-parisien et, en janvier 2017, c’était “seulement” un giratoire. Des bus stationnent alors sur 3 des contre-allées et en double file, ils bloquent les vues et mis bout-à-bout donnent une façade basse à la place. Alors que les rues alentours sont animées et commerçantes, la place Gambetta présente peu d’occupations de rez-de-chaussée avec un impact positif direct sur l’espace public. Beaucoup d’agences bancaires, une pharmacie, deux kiosques à journaux… Pour autant, des équipements locaux font rayonner la place : la Mairie du 20° arrondissement, le cinéma, le théâtre et le commissariat sont des attracteurs clefs. La place est un point de passage incontournable pour les habitants du quartier. 

Pour commencer, nous avons mené des observations sur site, des permanences d’informations et des ateliers publics de février à juillet 2017. Durant ces rencontres avec les habitants, où nous avons touché environ 400 personnes, la présence des véhicules motorisés a été un sujet majeur : saturation, difficultés de circulations, stationnement anarchique, nuisances sonores et impact perceptible sur la qualité de l’air… La saturation vécue de la place apparaissait renforcée par la présence des bus RATP.

REJOUER LA VILLE

Un jeu de plateau permettait de discuter des usages existants et futurs sur la place. Directement dans l’espace public, avec un plan et des jetons, les participants, riverains et habitants, trouvaient des conditions de dialogue et de négociation des espaces publics à venir. Sur la place elle-même chaque musoir (trottoir bordant la place) était qualifié avec une ambiance particulière. En sens horaire, le parvis de la Mairie devait valoriser l’institution en tant que telle et la présence ponctuelle des mariés et de leurs invités ; face à la pharmacie un espace ombragé, agréable en été, offrant une vue vers le square Edouard Vaillant, un prémice au jeu ; au sud un lieu sans qualification malgré une sortie du métro accessible grâce à un escalator ; du fait de la topographie générale de la place le suivant permet de s’orienter car les perspectives des rues qui rayonnent depuis Gambetta y sont visibles ; au nord-ouest un ensoleillement constant et apprécié accompagné d’une rare présence végétale à valoriser et renforcer ; enfin au nord un espace saturé où sortie de métro, kiosque à journaux et terrasses de café entravent les circulations piétonnes. Les ateliers ont révélé la couronne de rues alentours comme partie du même système urbain que la place elle-même. Centre et périphérie se font espaces servis ou servants, espaces de représentation ou fourmillants d’usages. Enfin, la place Martin Nadaud ressortait comme un espace public agréable, un lieu propice au « farniente », un lieu pour jouer, s’installer, profiter de la ville. Finalement, en croisant ces premières indications de programmes, d’ambiances et d’usages avec des images références, une première esquisse de projet émergeait.

CONFIRMER DES HYPOTHESES

Revenant aux objectifs généraux donnés par l’APUR et la Ville de Paris pour les sept places de Réinventons nos places! certaines hypothèses étaient confirmées : revalorisation de la place des piétons, sécurisation d’un parcours cyclable, restructuration de la voirie pour mieux canaliser les flux, désirs de présence végétale, mobiliers plus accueillants… Nous avons synthétisé les retours d’usagers et les avons transmis aux services techniques de la Ville : Direction de la Voirie et des Déplacements (en charge du projet infrastructurel) et Direction des Espaces Verts et de l’Environnement. Le déplacement des terminus de bus s’inscrivait dans la révision du plan général de la RATP à l’échelle de tout Paris. Pour ne pas complexifier l’intermodalité, les terminus et la base de vie des chauffeurs ont été rassemblés sur la rue du Japon. Situés entre la façade arrière de la mairie et le square Edouard Vaillant ils ne génèrent ici pas de nuisance pour des riverains directs. Les arrêts de dépose et de prise des passagers ont été placés en amont et en aval de la place. Ainsi, les bus ne stationnent plus sur la place elle-même et ses façades construites deviennent à nouveau perceptibles. Comment restructurer la voirie et positionner les futurs cheminements piétons ? Plusieurs scénarios ont été étudiés, notamment la mise en place d’une double couronne de passages piétons ou bien un élargissement significatif des passages piétons existants. Pour accompagner au mieux les cheminements spontanés, nommés aussi “lignes de désir”, et valoriser les mobilités douces, la seconde hypothèse a été retenue. Dans les deux cas, pour optimiser coût et durée d’intervention sur site, à l’exception du parvis de la Mairie, l’espace gagné sur la chaussée au profit des piétons et cyclistes le serait sans modifier le sol.

AFFINER LE PROJET D'AMENAGEMENT

Pour les enjeux de végétalisation les études de sols montrent un sous-sol saturé d’infrastructures et réseaux : métro, chauffage urbain, électricité, fibre, égouts, local technique de la fontaine… Dès lors seules les abords immédiats de la mairie et l’avenue du Père Lachaise devenaient des lieux de possibles pour valoriser la végétation. Pour compléter les questionnements sur les cheminements, un atelier dédié à l’accessibilité (mobilité réduite et handicap visuel) a permis de placer un fil d’ariane et d’identifier le positionnement de signalétiques sonores. Nous avons aussi observé les bordures de trottoir à abaisser pour assurer au mieux le confort de marche. Sur ce point, les observations récoltées durant les ateliers nous ont mené à proposer l’implantation d’un plateau traversant au niveau de l’avenue du Père Lachaise. Au droit de la sortie de métro où se trouve l’escalator, cet axe peu circulé a été passé en zone de rencontre (vitesse limitée à 20km/H) et le plateau traversant a été réalisé.  

UN MOBILIER PARAMETRIQUE

En parallèle des discussions sur le choix du scénario de restructuration de voirie, nous avons commencé à développer les éléments qui viendraient en superstructure. Les attentes des usagers issues des ateliers, réclamaient du mobilier pour assurer plusieurs fonctions. D’abord protéger les piétons des espaces dédiés à la mobilité motorisée, ensuite offrir du confort et de petits services : s’accouder, s’assoir différemment, s’assoir seul ou à plusieurs, etc. Aux côtés de la Mairie du 20° et des services techniques dédiés aux commerces, nous avons travaillé sur l’implantation des kiosques : à quelles conditions ceux-ci pouvaient être placés sur les sols piétonniers situés sur la voirie et protégés des véhicules par du mobilier ? Abaissement de bordures, retraits et orientations ont été définis pour les deux kiosques à journaux de la place et pour l’expérimentation “Lulu dans ma rue” située devant la Mairie du 20° depuis courant 2018. Ainsi, les contre-allées bordant la place ont été transformées en espaces piétons, les têtes d’îlots ont été agrandies de 8 mètres et le parvis dallé devant la mairie du 20e arrondissement a gagné 160 m2. 

PREFIGURER PUIS REALISER

Etant donné les dimensions générales de la place et son occupation constante par des bus, il semblait impossible de montrer une partie du projet à échelle 1. Face à cette difficulté, pour expliquer le fonctionnement de l’aménagement, grâce à un partenariat monté avec le groupe Renault et Dassault System nous avons produit une maquette à l’échelle 1/75° dont le contenu pouvait être augmenté avec une tablette numérique. L’usager pouvait alors faire apparaître des “couches” d’informations : quantité de trafic routier, réseaux de sous-sol, zone de pleine terre, ensoleillement… La maquette montrait aussi le principe des meubles. Exposée durant une semaine dans le salon d’honneur de l’Hôtel de Ville du 20° arrondissement, cette maquette a aussi été montrée à l’occasion de la journée Sans Voiture 2018 où un peu plus de 200 personnes ont pu la voir. Durant cette journée spéciale, l’équipe de l’association Quatorze a marqué les emplacement des futurs passages piétons et les emprises des futurs musoirs piétons. Dans le même temps le prototype conçu par Elioth Concept et 169 architecture était installé sur place. Grâce à ces différents outils les usagers et habitants pouvaient alors comprendre la logique du projet et ainsi mieux l’appréhender et l’apprécier.

Observation sur site, un relevé habité de la place Gambetta au 1/50° ©Quatorze, 2017
Atelier de co-conception, 2017
Chronologie de Gambetta, passés et devenirs ©Quatorze, 2017
Plan annoté, synthèse des ateliers de co-conception ©Quatorze, 2017
Imaginer Gambetta ©Quatorze, Amano Grafica, 2019
Avant Projet Détaillé du mobilier, 2019 ©Elioth concept & 169 architecture
Prototype de mobilier, octobre 2019 ©Elioth concept & 169 architecture
Place Gambetta début 2020 ©Ville de Paris, François Grunberg

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